Ce matin nous avions une réunion de planifiée à 9h00 et qui devait compter sur ma présence, celle de ma manager et de deux de mes collègues.
J’ai l’habitude d’arriver vers 9h15 au travail. En me réveillant ce matin, le souvenir de cette réunion refait surface dans mon esprit. L’objectif est donc de me préparer en 15 minutes de moins que d’habitude ce qui implique seulement un peu de stress supplémentaire.
J’arrive au travail vers 8h55, à l’heure donc.
Notre manager entre dans le bureau vers 9h05 (elle est arrivée depuis 8h00) et m’interroge : « Je fais la réunion avec toi ? ». Je réponds qu’une de mes collègues a bien davantage travaillé sur le sujet que moi. Elle me suggère donc qu’on l’attende.  Cette dernière arrive une vingtaine de minutes plus tard ce qui entraîne une nouvelle interrogation de la manager qui suggère de débuter la réunion. Ma collègue, qui maîtrise le sujet, indique que la personne encore absente apprécierait fort probablement d’être présente. Vers 9h35, la manager replanifie la réunion à 11h00, puis 5 minutes plus tard nous sommes au complet.

A aucun moment, le retard de l’une ou de l’autre de mes collègues n’est évoqué.

C’est à ce moment là que je prends conscience du fait que je suis « trop bonne élève ».        Certes, cette réunion n’a aucune criticité et il n’y a pas d’impact à son report. Néanmoins, j’identifie dans cette situation banale une vraie différence de « classe ».  Je n’ai jamais raté une journée d’école (sauf une après-midi en maternelle) ni une journée de travail. Cela ne fait pas particulièrement l’objet d’une fierté. Je n’ai pas une santé particulièrement fragile mais j’ai cependant le souvenir d’être allée à l’école souffrante d’une grippe, après avoir marché 1h dans la neige ou de partir travailler après des nuits d’insomnie.  Ces potentielles absences généraient chez moi des états de stress bien plus importants que la maladie ou la fatigue.  Je suis persuadée que la génération du stress chez une personne n’est pas innée mais est relative à son vécu et aux difficultés qu’elle peut rencontrer pour réussir. Ces obstacles étant bien plus importants pour les personnes plus défavorisées, le stress n’en sera que supplémentaire et le comportement « parfait » apparaît comme une solution pour le diminuer et pour se sécuriser.

Plus je réfléchis, plus je m’aperçois que cette situation est sociologique. Lorsque j’étais en école de commerce, nous étions parfois une dizaine en cours (sur 200 étudiants inscrits). Cela était le cas les lendemains de grosses soirées ou lorsque les cours étaient jugés « inutiles »/ « inintéressants ». Je n’étais pas forcément très proche des personnes qui assistaient systématiquement à l’ensemble des cours (même si j’en faisais partie) mais leur façon d’être me suffit à déduire qu’ils n’étaient issus des familles les plus aisés. La seule de mes amies qui m’accompagnait au cours de toutes ces séances est fille d’ouvrier.

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